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Le Tour des vignobles

Jurançon, les blancs de mansengs du piémont béarnais

Jurançon, les blancs de mansengs du piémont béarnais

Le Jurançon est un vin blanc du Béarn, produit sur les coteaux au sud et à l’ouest de Pau, face aux Pyrénées. L’appellation donne deux vins : un moelleux, issu de raisins passerillés sur pied, et un sec, le jurançon sec. Les deux reposent sur deux cépages locaux, le petit et le gros manseng.

Des coteaux face à la chaîne

Le vignoble occupe des collines boisées entre le gave de Pau et le gave d’Oloron, sur un peu plus de vingt communes des Pyrénées-Atlantiques. Les parcelles sont dispersées, souvent entourées de forêts et de prairies. Certaines sont en terrasses, sur des pentes fortes, à une altitude qui dépasse parfois 300 mètres. Par temps clair, les sommets enneigés ferment l’horizon.

Le climat est océanique, avec des pluies abondantes au printemps. L’automne est souvent sec et lumineux, grâce au vent du sud, un vent chaud et sec qui descend des montagnes. C’est lui qui rend possibles les vendanges tardives.

Les cépages du Jurançon

CépageRôle
Petit mansengPetits grains épais, idéal pour le passerillage ; base des moelleux
Gros mansengPlus productif, acidité marquée ; base du jurançon sec
Courbu, camaralet, lauzetCépages locaux, en complément

Les deux mansengs ont une particularité : leur acidité reste élevée même quand le raisin se concentre. C’est ce qui donne aux moelleux de Jurançon leur équilibre entre sucre et fraîcheur.

Le passerillage sur pied

Pour le moelleux, le vigneron laisse les grappes sur la vigne bien après la maturité. Le vent du sud et le soleil d’automne dessèchent lentement les baies : l’eau s’évapore, les sucres et les acides se concentrent. La peau épaisse du petit manseng protège le grain de la pourriture. Les vendanges se font en plusieurs passages, parfois jusqu’en novembre ou décembre.

Ce mode de concentration diffère de la pourriture noble des liquoreux d’Anjou, décrite à propos du Quarts de Chaume. Ici, le champignon n’intervient presque pas : c’est le vent qui fait le travail.

Jurançon sec et jurançon moelleux

  • Jurançon, sans autre mention : vin moelleux ou liquoreux, issu de raisins passerillés.
  • Jurançon sec : vin sec, souvent dominé par le gros manseng, vendangé plus tôt.
  • Mention vendanges tardives : raisins récoltés plus tard encore, avec une richesse minimale imposée.

Le jurançon sec est vif, avec des arômes d’agrumes, de fruits exotiques et parfois d’épices. Le moelleux associe des notes d’ananas, de mangue, de miel et de fruits confits à une acidité nette. Les meilleurs moelleux se gardent de nombreuses années.

Le calendrier des tries tardives

PériodeCe que récolte le vigneron
Fin septembre, octobreGros manseng et cépages complémentaires pour le jurançon sec
Fin octobre, novembrePremières tries de petit manseng passerillé pour les moelleux
Novembre, décembreDernières tries, raisins très concentrés, petites quantités

Ce calendrier varie fortement selon les années. Un automne pluvieux interrompt le passerillage et oblige à vendanger plus tôt. Un automne sec, porté par le vent du sud, permet au contraire d’attendre. Chaque passage demande de parcourir les rangs à la main, grappe par grappe, ce qui explique les petits volumes des cuvées les plus concentrées.

Repères pour lire une étiquette de Jurançon

Le mot Jurançon seul désigne un vin doux. La mention sec est obligatoire pour un vin sec, ce qui évite toute confusion. Les mentions vendanges tardives ou le nom d’une parcelle signalent les cuvées les plus concentrées. Le titre alcoométrique et la contre-étiquette, souvent plus bavarde, complètent l’information.

Gros manseng, petit manseng : deux raisins, deux rôles

Le gros manseng porte des grappes plus fournies et des baies plus grosses. Il mûrit plus tôt et garde une acidité vive : il convient au vin sec. Le petit manseng, à grains minuscules et à peau épaisse, produit peu, mais supporte d’attendre sur la vigne jusqu’à la fin de l’automne : il fait les moelleux. Beaucoup de domaines cultivent les deux, sur des parcelles choisies selon l’exposition.

Le travail des parcelles en hautains

Traditionnellement, la vigne était conduite haut, sur des piquets, pour éloigner les grappes de l’humidité du sol. Cette conduite haute, appelée hautains, a laissé place à des palissages plus classiques, mais beaucoup de vignes restent assez hautes. Sur les terrasses, le travail est manuel ; le vigneron enherbe souvent les rangs pour limiter l’érosion sous les pluies de printemps.

Une tradition liée à Henri IV

Le Jurançon est associé à la naissance d’Henri IV, au château de Pau. Selon une tradition souvent racontée, le nouveau-né aurait eu les lèvres frottées d’ail et humectées de vin de Jurançon. Le récit relève de la légende plus que du fait établi. Il rappelle surtout l’ancienneté de ce vignoble et sa place dans l’histoire du Béarn.

Jurançon et ses voisins du piémont

Le Jurançon appartient à un ensemble de vignobles du piémont pyrénéen qui partagent les mansengs et le vent du sud : Pacherenc du Vic-Bilh et Madiran plus au nord, le Béarn, Irouléguy au Pays basque. Chacun a ses cépages propres, mais tous associent les pluies atlantiques et l’influence de la montagne.

Visiter le vignoble de Jurançon

Pau est la porte d’entrée du vignoble, avec son château et son boulevard des Pyrénées. Des routes étroites relient les communes viticoles, comme Jurançon, Gan, Monein ou Lahourcade. Les domaines reçoivent souvent sur rendez-vous, en dehors des dernières vendanges de fin d’automne. Un moelleux se goûte par petites quantités, et le crachoir reste de mise pour qui conduit. La rubrique Sud-Ouest et Languedoc rassemble les autres étapes.

Sources : cahier des charges de l’AOC Jurançon (INAO), interprofession des vins du Sud-Ouest.

Paru le - Actualisé le

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